vendredi 12 février 1999

HOPITAL - CHAMBRE - 7h00

Je suis réveillé par Traîne-Savate. C'est une des occupantes du couloir. Je ne l'ai jamais vue. Je sais que c'est une femme, car je l'ai entendue plusieurs fois parler toute seule. Je ne sais rien d'autre d'elle. Je me l'imagine, vieille, courbée, lourde, essoufflée, probablement laide. Depuis que je suis arrivé ici, je l'entends faire l'aller-retour dans le couloir en traînant ses savates. Pourquoi est-ce que je pense que cette femme a des savates roses tellement vieilles qu'elles ont la couleur de cochons sales ? Pourquoi est-ce que je suis convaincu qu'elle porte un peignoir délavé, bleu foncé, tout effiloché ?

Après quelques minutes à écouter ses aller-retours et à essayer de comprendre les mots qu'elles marmonnent, je décide de me lever. Je vais vers la fenêtre et j'ouvre les rideaux. Dehors, il neige. Des tous petits flocons de neige. J'abaisse le verrou de la fenêtre et tente de l'ouvrir, mais elle se bloque presque immédiatement. J'avais oublié : je ne peux pas ouvrir la fenêtre. Pas plus de cinq centimètres. Alors je passe mon nez à travers la faible ouverture et je respire l'air et la neige entre dans mes narines. C'est idiot, mais je me sens d'excellente humeur.

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