samedi 13 février 1999

HOPITAL - CHAMBRE - 15h00

J'apprends que mes parents ne veulent pas me rendre visite, mais que ma mère m'a apporté quelques petites choses : des livres, des magazines et une cartouche de cigarettes. Je suis assez étonné que ma mère puisse m'apporter des cigarettes, mais ne souhaite pas me voir. Ma mère n'a jamais accepté le fait que je fume. Elle s'est résignée. Et je peux la comprendre. Lorsque j'étais au lycée, j'étais anti-cigarette. A chaque soirée où j'étais invité, je détestais deux choses : le trop d'alcool (qui nous faisait faire n'importe quoi) et le trop de cigarettes (qui empestaient). Je trouvais idiot que les jeunes se regroupent dans la cour, pendant la pause, pour fumer leur cigarette. D'aucuns ne savaient même pas les allumer. C'était juste pour se donner un genre et je n'ai jamais aimé les gens qui se donnent un genre. Ma mère était fière de moi, je le savais : je rentrais le soir et je râlais parce qu'il y avait trop de fumeurs et elle était contente que son fils ne cède pas à la tentation. Ces idiots, répétais-je à chaque fois ! Puis un jour, j'ai voulu essayer. Pas comme tous mes amis, non : en cachette. J'ai acheté un paquet de Gauloises, je l'ai glissé sous le socle d'un des tiroirs dans ma chambre (j'avais découvert peu de jours auparavant qu'il était amovible) et j'ai laissé dormir le paquet pendant quelques jours. En réalité, j'avais peur. Le simple fait d'avoir acheté ce paquet de cigarettes m'avait mis dans tous mes états. J'étais rentré à la maison, cette après-midi, en sueur, angoissé, tremblant. Ma mère repassait dans la salon, j'ai jeté un "bonjour" rapide et je me suis enfermé dans ma chambre. Fils ingrat ! A chaque fois, ma mère venait me voir et me disait "C'est comme ça que tu dis bonjour ? Je me demande qui t'as éduqué ainsi !". C'était une étrange auto-flagellation, mais je ne répondais pas. Quelques jours plus tard, je repensais au paquet de cigarettes que j'avais acheté dans des conditions laborieuses. J'ai profité d'une après-midi où je n'avais pas cours et je me suis enfermé dans ma chambre (bien que personne ne fut là, je prenais mes précautions). J'ai soulevé le socle amovible du tiroir (seule cachette que je jugeais sûre, inconnue de mes parents) et j'ai ouvert le paquet. Je tremblais. Puis j'ai sorti une cigarette et je l'ai sentie. L'odeur m'a immédiatement plu. Depuis ce jour, l'odeur d'une cigarette encore intacte enchante toujours mes narines. Puis je suis allé chercher un briquet dans la cuisine (mon père fumait) et j'ai allumé la cigarette. Là encore, l'odeur m'a plu. Bien que j'aie toussé, fumer ne me déplaisait pas. Je lirais plus tard dans un questionnaire pour savoir si nous sommes de gros fumeurs ou pas, que lorsqu'à notre première cigarette nous toussons et que la tête tourne, c'est que nous sommes prédisposés à être dépendants. Le sort était jeté : j'aimais l'odeur, je toussais un peu, mais si peu, et j'avais la tête qui tournait. Progressivement, j'ai fumé de plus en plus. Mes amis n'ont jamais rien dit ; aucune critique, aucune raillerie sur ce soudain revirement. De non-fumeur agressif, je devais fumeur tolérant.

Ainsi, cette après-midi, l'infirmer m'apporte les affaires que ma mère souhaitait me donner. Et parmi ces affaires, une cartouche de cigarettes. Quand j'ai demandé où étaient mes parents, si j'allais bientôt les voir, il m'a répondu, presque agressivement (pourquoi tout le monde semble-t-il agressif ici ?) : "Vos parents ne veulent pas vous voir. Remarquez, vous leur en avez fait voir de toutes les couleurs !". Puis il a refermé la porte. Je leur en ai fait voir de toutes les couleurs ? Certes. Mais ce n'est pas la première fois. Et ma mère m'encouragerait à fumer alors qu'elle n'en supporte pas l'idée ?

J'ai compris, cette après-midi, que même ici (et surtout ici !), on me mentait.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire